Prier pour les vocations          

 Le dimanche du Bon Pasteur, l’Église nous invite à prier tout particulièrement pour   les vocations consacrées. C’est une intention de prière qui doit concerner toute la communauté chrétienne, parce qu’une vocation, quelle qu’elle soit, naît toujours   dans un terreau humain et spirituel. Et ce terreau, bien souvent, c’est la famille, la   paroisse, les amitiés et les lieux de sociabilité, quand ceux-ci sont habités de l’esprit   du Christ.

  Dans son message pour la Journée mondiale de prière pour les vocations, le pape   Léon XIV nous rappelle une chose essentielle : la vocation est d’abord une découverte   intérieure, un don gratuit de Dieu qui se révèle dans le cœur. Dieu ne programme pas   nos vies comme on suit un plan déjà écrit : Il appelle, Il propose, Il ouvre un chemin de   bonheur. Mais encore faut-il que ce chemin puisse être entendu.

  Or nous le savons bien : aujourd’hui, le bruit est partout. Nous vivons dans un monde   saturé de sollicitations, d’écrans, de pression scolaire ou sociale, et souvent aussi d’inquiétude face à l’avenir. Dans ce contexte, entendre la voix de Dieu demande du silence, du recul, une vie intérieure. Et cela ne s’improvise pas.

Dans l’Évangile de Jean, Jésus se définit littéralement comme le “beau/bon berger” (ὁ ποιμὴν ὁ καλός) ( Jn 10, 11). Cette expression désigne un berger parfait, authentique, exemplaire, car il est prêt à donner sa vie pour ses brebis, manifestant ainsi l’amour de Dieu. Il est le pasteur qui fascine : ceux qui le regardent découvrent que la vie est vraiment belle si on le suit. Pour connaître cette beauté, les yeux du corps ou les critères esthétiques ne suffisent pas : il faut la contemplation et l’intériorité. Seulement celui qui s’arrête, écoute, prie et accueille son regard, peut dire avec confiance : « Je lui fais confiance, avec Lui la vie peut être vraiment belle, je veux parcourir le chemin de cette beauté ». Et le plus extraordinaire, c’est qu’en devenant ses disciples, nous devenons à notre tour “beaux” : sa beauté nous transfigure. La vocation chrétienne – qu’elle soit mariage, sacerdoce, vie consacrée, engagement missionnaire ou diaconat – est toujours une réponse à cet appel à la beauté.

C’est pourquoi la question des vocations n’est pas d’abord une question de recrutement. Elle est une question de foi vivante. Les vocations naissent là où l’on prie pour elles. Elles naissent là où l’on parle naturellement de Dieu. Elles naissent là où l’on apprend à faire confiance au Seigneur.

Chères familles, vous avez ici une mission immense! Vous êtes, souvent sans le savoir, les premiers éducateurs à la liberté intérieure. Un enfant qui voit ses parents prier, pardonner, servir, aller à la messe avec fidélité, découvrir la Parole de Dieu, comprend que la foi n’est pas une tradition sociale mais une relation vivante. Un jeune qui entend ses parents dire : « Que souhaite Dieu pour toi ? Qu’es-tu disposé à faire pour Dieu? » au lieu de seulement demander « Que veux-tu faire plus tard ? », découvre que sa vie n’est pas seulement une carrière à construire, mais une vocation à accueillir.

Il est essentiel que notre paroisse soit toujours davantage un lieu où l’on peut entendre cet appel. Cela passe par des espaces de prière, d’adoration, de silence, de confession, mais aussi par un accompagnement fraternel : un prêtre que l’on sait disponible et bienveillant, des éducateurs attentifs, des témoins crédibles. Cela passe aussi par une parole simple, mais courageuse : oser dire à un jeune qu’il pourrait être appelé, oser proposer un service, une mission, une responsabilité qui ouvre le cœur au don de soi.

En ce dimanche, prions donc avec foi : non seulement pour que Dieu donne des prêtres et des consacrés à son Église, mais aussi pour que chaque baptisé (re)découvre la beauté de sa vocation. Et surtout, demandons la grâce de devenir une communauté qui favorise ces appels : une paroisse où l’on prie vraiment, où l’on écoute la Parole de Dieu, où l’on fait confiance à ses appels.

Que la Vierge Marie, modèle d’écoute et d’accueil, apprenne à nos familles et à nos jeunes à dire, chacun à leur manière : « Me voici. »

  P. Cédric de La Serre, Curé de Chaville