L’Ascension pourrait, à première vue, nous donner l’impression d’un départ : Jésus s’éloigne, disparaît au regard de ses disciples, quitte ce monde. Pourtant, la liturgie nous invite à comprendre exactement l’inverse: L’Ascension n’est pas l’absence du Christ ; mais puisqu’elle est son entrée définitive dans la gloire du Père, elle est l’expression du fait qu’il demeure désormais pour toujours avec notre humanité.
C’est là une immense consolation de notre foi. Car celui qui monte vers le Père n’est pas seulement Dieu : il est aussi l’homme Jésus, portant dans sa chair toute notre condition humaine, avec ses joies et ses fatigues, ses blessures et ses espérances, jusqu’aux marques mêmes de la Passion. Le Ressuscité n’abandonne pas l’humanité ; il l’introduit au cœur même de la vie divine. Comme aimait le souligner Benoît XVI, à l’Ascension, l’homme a désormais une place en Dieu lui-même. Le ciel n’est donc pas un lieu lointain ou abstrait : il est l’avenir ouvert de notre humanité.
Cette fête porte ainsi une lumière particulière pour ceux qui traversent une épreuve. Beaucoup parmi nous connaissent l’inquiétude de l’avenir, le poids de la solitude, de la maladie, des blessures familiales ou le deuil d’un être aimé. Face à ces souffrances, l’Ascension ne propose pas une consolation facile ou illusoire; Elle annonce quelque chose de beaucoup plus profond : notre vie humaine est désormais entrée en Dieu à travers le Christ.
Jésus ne s’est pas contenté de parler de la vie éternelle ; il a traversé lui-même la mort pour nous ouvrir un chemin. Il est passé devant nous afin que nous puissions, nous aussi, passer avec lui de la mort à la vie. Ainsi, la fête de l’Ascension peut-elle nous aider à nous souvenir que ceux que nous aimons et que nous pleurons ne sont pas perdus dans le néant. Ils sont confiés à Celui qui a vaincu la mort. Dans la foi chrétienne, le dernier mot n’appartient ni à l’absence, ni à la séparation, ni au tombeau, mais à la communion avec Dieu.
Les disciples, au jour de l’Ascension, regardent le ciel avec stupeur. Mais les anges leur disent aussitôt de ne pas rester immobiles. Car le Christ monte vers le Père non pour nous éloigner du monde, mais pour nous rendre plus profondément présents à notre mission. Désormais, son mode de présence et de soutien change : invisible à nos yeux, il demeure pourtant avec nous, dans sa Parole, dans les sacrements, dans l’Église, et jusque dans nos actes de charité.
L’Ascension devient alors une fête de l’espérance. Elle nous rappelle que notre existence ne se ferme pas sur les limites de cette terre. Nous sommes attendus. Nous avons un avenir en Dieu. Et même au cœur des obscurités du temps présent, le Christ vivant nous précède et nous accompagne. Voilà pourquoi les chrétiens peuvent raisonnablement et résolument continuer d’espérer : parce que le ciel est déjà ouvert, et que le Seigneur nous y prépare une place.
P. Cédric de La Serre,
Curé de Chaville