Le beau attire toujours

La vérité sort de la bouche des catéchumènes et le constat est sans appel : le beau attire et mène vers Dieu. L’iconoclasme, le médiocre, le vulgaire, le pauvre, le minimaliste, le vil, le fonctionnel ne font pas vibrer les nouveaux convertis. Malgré les efforts démesurés, il y a quelques décennies, de la pastorale de l’enfouissement pour « désacraliser », « simplifier », « moderniser », « liquider » parfois, nos lieux de prière et nos liturgies, les convertis d’aujourd’hui plébiscitent les vieilles pierres, les belles liturgies et le recueillement1.

Et en fait, ce n’est pas étonnant : le beau, le sacré, le silence, le noble, mènent à Dieu. Et d’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? Dans un monde un peu déboussolé, empoisonné par la vulgarité et l’exhibition, où la recherche de l’efficacité et de la rentabilité sont les critères ultimes, où l’intériorité et la contemplation sont mis à mal chaque jour, nos contemporains cherchent des « oasis de l’esprit »2, pour reprendre une expression de Benoît XVI.

Ces oasis, ce sont les petites chapelles romanes, les arcs-boutants de nos cathédrales et les cloîtres de monastères parfois millénaires. Ce sont aussi les éclats multicolores d’un vitrail contant l’histoire d’un saint qui a fait la France en même temps qu’il cherchait à servir la gloire de Dieu, le regard doux d’une statue de la Vierge ou encore la bonne odeur, toute orientale, d’un encens de qualité. « Ce n’est pas un hasard qu’un grand nombre de personnes, en particulier dans les périodes de repos, visitent ces lieux et s’y arrêtent : l’âme aussi, grâce à Dieu, a ses exigences ! », résumait-il.

Les catéchumènes ont, dans l’enquête citée, le mérite de dire tout haut une vérité parfois un peu taboue : par volonté d’efficacité, de bonne gestion, d’avarice non assumée parfois, ou par une confusion entre « esprit de pauvreté » et médiocrité, par égoïsme ou refus de construire l’avenir, nous mettons trop facilement au rebut ce que nos prédécesseurs dans la foi avaient mis des siècles à construire pour l’édification de nos âmes et refusons de continuer à prendre les moyens du beau. A l’écoute de nos catéchumènes, il me semble qu’il est bon de nous demander ce que nous voulons laisser aux générations qui viendront derrière nous et quels moyens nous nous donnons pour que l’expression de notre foi – nos églises et nos liturgies – soient toujours plus belles.

Si l’art et le beau ont permis à de nombreux jeunes et adultes de se mettre en route vers le baptême, et ont pu jouer « un rôle déclencheur », selon l’enquête de la CEF, il nous faut l’entendre. Il ne s’agit pas seulement d’entretenir un patrimoine passé – pire, de répéter un passé idéalisé, il s’agit aussi d’user des mots d’aujourd’hui, du meilleur de l’art d’aujourd’hui, pour dire la beauté de la foi et par là, la bonté de Dieu.

P. Cédric de La Serre, Curé de Chaville

1. Enquête « Catéchuménat 2024 », Conférence des Evêques de France2. Audience Générale du 10 août 2011