Pour préparer notre année jubilaire, je lisais cet été un ouvrage fameux du grand
théologien Romano Guardini*. En 1920, il écrivait cette phrase devenue célèbre :
« Un processus d’une portée incalculable a commencé : le réveil de l’Église
dans les âmes. »** Cette intuition demeure étonnamment interpellante :
elle nous invite à redécouvrir l’Église, non pas seulement comme une institution,
mais comme une réalité spirituelle dans laquelle le Christ rassemble son peuple et le conduit vers la vie éternelle.
Il est vrai qu’aujourd’hui beaucoup regardent l’Église avec distance, parfois avec méfiance. Les scandales, ses fragilités humaines, mais aussi une certaine difficulté à comprendre ce qu’elle est profondément ont pu ébranler la confiance de nombreux chrétiens. Ces blessures ne doivent être ni minimisées ni ignorées. Mais elles ne disent pas tout de l’Église, et elles passent peut-être même à côté de l’essentiel: au-delà de ses pauvretés humaines, demeure le mystère d’un peuple que le Christ ne cesse d’appeler, de sanctifier et de conduire.
Le concile Vatican II le rappelle avec force : « Cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église » (Lumen gentium, 14). Cela doit être compris comme une bonne nouvelle : Dieu n’a pas voulu que chacun cherche isolément son chemin vers lui; le Christ nous rassemble dans un peuple, nous donne des frères et des sœurs, nous nourrit de sa Parole et de ses sacrements et nous apprend à marcher ensemble vers la vie éternelle.
L’Église est ainsi d’abord une communauté de foi réunie autour de Jésus-Christ Sauveur et Chef. Elle prend corps dans les sacrements, à commencer par le baptême : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3,5). L’œuvre du salut accomplie par Jésus-Christ continue ainsi de porter ses fruits dans son Église. Saint Paul la décrit comme un corps dont le Christ est la Tête et dans lequel, « dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent » (Ep 4,16).
Voilà peut-être l’un des beaux enjeux de notre année jubilaire : déployer en nous la joie d’appartenir à ce Corps. Non pas parce que l’Église serait humainement parfaite — nous savons bien qu’elle ne l’est pas dans chacun de ses membres — mais parce que le Christ a choisi d’y demeurer et d’y agir, et que donc elle est sainte.
Puissions-nous donc, au cours de cette année jubilaire, non seulement demeurer dans l’Église, mais apprendre à l’aimer davantage, à la faire grandir et à y prendre chacun toute notre place. Car à travers cette communauté fragile et sainte, c’est le Christ lui-même qui continue de nous rejoindre, de nous unir et de nous conduire vers la vie.
P. Cédric de La Serre
Curé de Chaville
* Romano Guardini (1885-1968) est un théologien et un philosophe de la religion. Auteur de l’ouvrage de référence : Vom Geist der Liturgie publié en allemand, en 1918, et en français sous le titre : L’esprit de la liturgie, en 1929, il est l’un des protagonistes majeurs du Mouvement liturgique.
** Cf. Romano Guardini, Le sens de l’Église, 19.